» Page d'accueil » Artiste » Critique









Shirley CARCASSONNE
www.shirley-carcassonne.com
Voir les tableaux


    

Si certains d'entre nous voient dans la science et l'art des domaines irréconciliables, cet absurde préjugé ne tient guère face au champ expérimental que nous ouvre Shirley Carcassonne. Anesthésiste de formation, elle pratique le dessin comme un prolongement palpable de son approche du corps humain. Virtuose de la plume et amateur de papiers précieux, elle ne paraît pas éloignée des lettrés calligraphes orientaux pour qui toute trace écrite est la condensation d'une sensation, d'une pensée tournoyante ou d'un fragile instant de grâce. Son art vient puiser dans le réel pour en extirper la note subtile, en exprimer l'énigme, l'inflexion spirituelle. Car pour quiconque fait preuve de l'humilité nécessaire, la vie demeure mystère, interminable questionnement, matière même d'un champ poétique ouvertement inépuisable. En parcourant à pas feutrés les dessins à l'encre ou au crayon de Shirley, qui quelquefois ressemblent à des cahiers intimes, tant ils exigent d'être observés avec tout le recueillement nécessaire, on est frappé par la légèreté de ses formes presque toujours en mouvement et quelque peu fantomatiques. Si ces figures vivantes conservent un aspect organique - on pense à des réseaux de muscles, à des faisceaux de nerfs, des ramifications arborescentes - elles paraissent toute soumises à une volonté indomptable et portées à l'autonomie, à l'élévation sans limites vers des sphères indéfinissables. Salué par de grands poètes et d'éminents scientifiques, l'œuvre sur papier de Shirley ne cesse de vous prendre de court. On sent que quelque chose d'essentiel s'y déroule, s'y développe, tel un écheveau libre de toute entrave. C'est la crinière d'une cavale galopant sur une lande venteuse, une apparition fugitive. Tout n'y tient qu'à un fil dont la tension pourrait rapidement conduire à la rupture et à l'envol irrémédiable de cette pensée furtive et ondoyante. Voici ce qu'en a dit Mandiargues : « Consciente du trait, elle l'est, oui, si démesurément que ses vagues de formes finement tracées déferlent devant nous comme celles d'une mer agitée sur une plage unie, et qu'elles nous fascinent en nous étourdissant. » Claude Roy fut, lui aussi, fasciné par la contexture des travaux de Shirley : « L'univers « fantastique » de cette folle de dessin a la même rigueur, dans le tracé nerveux de ses nervures, que les mouvements flexueux des algues, que l'étoilement des lamelles de champignons, que les striures de l'agate ou de la cornaline, que le réseau cellulaire des feuilles de fougère ou que le tissu des muqueuses vivantes. » Ajoutons qu'elles nous font songer aux synapses, ces fibres neuronales qui déterminent une certaine part de notre fonctionnement. Il n'est pas étonnant que le neurologue Jean-Pierre Fangeux se soit intéressé de près à la recherche de Shirley. « L'artiste ne figure pas le réel, a-t-il écrit, il figure ce qu'il se représente être le réel cérébral »....« Shirley Carcassonne, dans un combat sans cesse renouvelé, commente-t-il, tente de concilier par l'inspiration, de « mettre en harmonie », l'expérience individuelle du plaisir subjectif de l'image et les exigences de la raison. Le tableau n'est pas seulement représentation de chimères mais construction imagée, fidèle à Vexemplum, propice à une communication intersubjective efficace qui rencontre les « intentions » du spectateur. » Pour autant, l'art de Shirley, qui peint également sur de grandes surfaces textiles, ne saurait se limiter à une vision métaphysique et éthérée du monde. C'est une pratique gourmande, sensuelle qui n'est pas sans rappeler une certaine approche culinaire et partant érotique. Ses courbes géodésiques ont la saveur d'un sein tendu sous le soleil.

Luis PORQUET

© 2011 - Mentions Légales - Conditions Générales d'Utilisation - Site réalisé par FOR'mail